SciencesPo : Conseils d’un ancien élève du Lycée Molière maintenant étudiant à l’IEP de Lyon

6 juin 2017

Les étudiants de SciencesPo sont réputés pour être de grands blablateurs.  Ils sont des experts à l’heure de broder sur tout et n’importe quoi, passant le plus simplement du monde d’une explication étayée de la situation géopolitique du Moyen-Orient à la façon dont cuisiner dans les règles de l’art une bonne blanquette de veau.

Ils le font avec la plus grande aisance du monde, du moment que leur exposé suit un format strict (introduction-plan en 2 parties et 2 sous parties-conclusion), assorti de quelques « paradigmes » et autres « substantiels », afin de donner l’impression à l’auditoire qu’il a en face qu’il maîtrise son sujet et qu’il possède les capacités cognitives et intellectuelles pour faire autorité et ne pas être remis en cause.

Celui dont il est question dans cet entretien en fait partie, et est tout aussi bavard que ses collègues. Ancien élève du Lycée Molière entre la 3e et la Tle, Augustin Javel a intégré l’IEP (Institut d’Études Politiques) de Lyon directement après avoir passé son Baccalauréat série ES mais aussi le fameux concours commun, précieux sésame qui donne les clés d’accession à 7 IEP de France. C’est dans le cadre d’une rencontre organisée par Mme Montané pour les 1ères ES qu’Augustin est venu présenter les IEP français aux élèves. Dans cet entretien mené a priori sans langue de bois, il sera question de SciencesPo bien sûr, du concours et des débouchés, mais aussi de la vie étudiante, du Lycée Molière et de ce que lui ont apporté ces quatre ans passés dans l’établissement.

Les IEP, à quoi cela renvoie-t-il exactement ?

Augustin nous explique d’emblée, et pour clarifier les choses, la différence entre un IEP et SciencesPo : « aucune ! » affirme-t-il. Ou presque. En effet, pour les puristes, SciencesPo tout court renvoie automatiquement à Paris, tandis que les IEP sont les appellations données aux « SciencesPo » de région tels Lyon Aix-en-Provence ou Toulouse… Toutefois depuis peu, les IEP peuvent utiliser le nom « SciencesPo » pour se définir du moment qu’il est accolé du nom de la ville. Il n’existe en revanche « aucune différence en termes de contenus d’enseignements, c’est juste une histoire de nom » explique Augustin. On dénombre environ une dizaine d’IEP en France : SciencesPo donc, qui possède des campus localisés dans toute la France, chacun spécialisés dans une région du monde (Poitiers, Le Havre, Nancy, Menton…), les IEP du concours commun (Lyon, Aix-en-Provence, Toulouse, Strasbourg, Lille, Rennes, St Germain-en-Laye) et des IEP ayant un concours propre (Bordeaux et Grenoble).

Mais qu’enseigne-t-on au juste dans ces fameux IEP ? « C’est vrai que tout le monde connaît l’institution, mais peu de gens savent vraiment quels sont les cours dispensés, et je pense que c’est un peu normal que cela soit aussi flou car les enseignements sont vastes ». Le cursus se déroule sur cinq ans, deux ans dans l’IEP d’affection, la troisième année à l’étranger puis les deux dernières années consacrées à la spécialisation en master. Il faut également savoir qu’il existe un tronc commun de quatre matières enseignées dans tous les IEP, que sont l’histoire, l’économie, la sociologie et le droit. À partir de là, chaque IEP est libre de répartir les heures de cours comme il le veut, ce qui conduit de fait à une diversification des IEP selon le projet pédagogique choisi. « En plus de cela, l’accent est mis sur les langues, avec un grand choix allant de l’anglais au russe, mais aussi sur le sport qui est obligatoire les deux premières années ou encore les DE » complète Augustin. Les DE, encore un acronyme-les acronymes, sport national pratiqué dans l’Éducation Nationale ! Pourtant, les Diplômes d’Établissements sont la spécificité de l’IEP lyonnais. Augustin explique que c’est en partie grâce à l’existence des DE qu’il a choisi Lyon. « Les DE sont une mini spécialisation dès la première année, sur une région du monde. Ayant des bases en arabe, j’ai opté pour le DE sur le Monde Arabe, avec donc des cours en plus sur l’histoire et la géographie du Monde Arabe, des cours intensifs d’arabe mais aussi des enseignements plus spécifiques sur l’Iran ou l’islam par exemple ». Même si ceux-ci ne sont pas obligatoires, « c’est une vraie valeur ajoutée sur le diplôme » argumente Augustin.

Et une fois le diplôme en poche, vers où mène SciencesPo ? Les débouchés sont aussi vastes que les enseignements. « Culture, diplomatie, consulting dans le privé, préparation aux concours administratifs et de la fonction publique comme l’ENA par exemple, journalisme, politique, humanitaire, aide au développement… » énumère l’étudiant. La liste est longue donc, et les perspectives de carrières nombreuses. « Beaucoup d’étudiants rentrent à SciencesPo sans vraiment savoir ce qu’ils veulent faire plus tard, ça a d’ailleurs été une des motivations de mon choix d’entrer dans un IEP, car je ne voulais fermer aucune porte ».

Quelle préparation tout au long du lycée ?

On ne le répétera jamais assez, mais le concours d’entrée à SciencesPo et dans les IEP ne se prépare pas une semaine avant. Augustin insiste « à mon avis, le mieux est de le préparer au début de la Terminale, en septembre, et si possible d’avoir commencé à lire quelques bouquins pendant l’été, car les thèmes du concours sont dévoilés avant les grandes vacances ». Si le concours qu’Augustin a passé est le concours commun, qui donne accès à sept IEP, mentionnés plus haut ; les conseils donnés sont valables pour les autres concours. Le concours commun est composé de trois épreuves, une d’histoire (attention le programme est différent du programme de Terminale), une de langue (au choix espagnol, allemand, italien ou anglais) et une épreuve de questions contemporaines, avec deux thématiques générales sur lesquelles les étudiants sont amenés à plancher pendant le concours. Les thèmes du concours 2017 étaient par exemple la mémoire et la sécurité. 

Augustin met l’accent sur la nécessité de bien arriver à saisir les attentes des examinateurs, car les connaissances ne suffisent souvent pas, il faut savoir respecter une méthodologie propre démontrant que le candidat a compris les exigences spécifiques du concours, différentes de celles du bac. « Je me suis pris un 12 au premier devoir d’espagnol que j’ai rendu par correspondance, car malgré un bon espagnol, je n’ai pas respecté la méthodologie. Cela m’a permis de mieux appréhender ce que l’on demandait, et j’ai eu une meilleure note au concours ! » témoigne Augustin. Inutile de rappeler qu’un suivi très régulier de l’actualité est requis, car les épreuves de langue et de questions contemporaines s’en inspirent largement. Augustin confie par exemple qu’il s’est abonné au Monde au début de l’année, ce qui l’a aidé à approfondir des points d’actualités en allant au-delà des infos de chaines en continu ou des notifications sur smartphone.

Il existe de nombreuses prépas qui proposent la préparation du concours, Augustin a suivi celle des IEP, « Tremplin », labellisée par les IEP. C’est une prépa en ligne qui envoie des cours de manière hebdomadaire, avec un suivi régulier de la progression de l’étudiant par un envoi trimestriel de devoirs, qui sont corrigés et renvoyés. Last but not least, Augustin conseille aux élèves désireux d’intégrer les IEP d’opter pour une série ES dès la 1ère. « Il faut une fois pour toute s’ôter de la tête cette vieille opposition stérile qu’il existe les séries S et ES, la dernière étant souvent vécue comme un choix par défaut à cause de la première, sous prétexte que la S est plus prestigieuse et donc moins accessible. Non, non et non, le choix de filière en 1ère ne doit pas s’établir selon ce critère totalement arbitraire, mais selon les vrais désirs d’orientation des élèves. Par pitié, que les élèves intéressés pas SciencesPo ne fassent pas la bêtise d’aller en S sous le prétexte que c’est mieux : au contraire, ils auront plus de difficultés que les élèves venant de ES lors de la première année de SciencesPo car ils n’auront presque pas fait d’économie et de sociologie, et beaucoup moins d’histoire, trois des quatre matières fondamentales des IEP » s’agace-t-il. Ce message est destiné aussi bien aux élèves qu’aux parents.

Le rôle du Lycée Molière et de sa formation dans les études supérieures

L’IEP de Lyon est une petite structure, environ 200 étudiants par promotion, une chimère comparés aux quelques 2.000 étudiants d’une première année de droit à la fac de Lyon III. Augustin souligne que le fait de se retrouver dans une petite structure est capital : « On n’est pas réduit à un numéro, tout le monde se connaît ou presque, et on peut obtenir facilement un rendez-vous avec le responsables pédagogiques ». C’est ce côté « familial » que retient le plus Augustin de son passage au Molière, comme il est souvent appelé de manière affectueuse par les anciens élèves, d’où son désir de retrouver une structure à taille humaine. Pour lui, « le fait d’être dans un établissement à échelle raisonnable permet à l’élève ou à l’étudiant, non seulement d’être à l’aise dans ses études et dans son travail, de se faire de très bons amis, mais surtout de développer son esprit critique librement, suivi par des professeurs qui connaissent forcément mieux leurs élèves de manière individuelle et peuvent les orienter vers des choix futurs en phase avec leur personnalité ». De fait, ses profs de Terminale se sont proposés pour l’aider à préparer le concours, en lui passant des livres ou en corrigeant des copies.

Enfin, toujours grâce au fait que ce soit une petite structure, les professeurs ont plus de temps pour préparer les élèves à la vie étudiante et surtout aux exigences universitaires, par une constante progression vers leur autonomisation. Car au fond, et c’est à Augustin de conclure : « certes le Lycée est là pour que les élèves réussissent leur bac, premier diplôme de l’enseignement supérieur, et faire que ceux-ci rentrent sereinement à l’Université. Mais je pense que la force du Molière réside dans deux aspects principaux : forger des promotions d’élèves solidaires entre eux, qui restent souvent soudés très longtemps, animés par un esprit de bienveillance collective les uns envers les autres, et puis  faire d’eux non seulement des étudiants prêts à affronter les exigences universitaires mais surtout des individus capables de s’insérer sereinement dans les sociétés actuelles, pleinement citoyens du monde de par leur formation multiculturelle, dans laquelle ils sont tombés dedans quand ils étaient plus petits, résumée dans le slogan du Molière : « Un Lycée, deux cultures, trois langues » ».

Eugène Tavel