Remettre au lendemain (1ère partie)

4 mars 2020

Par Amor González, psychologue scolaire

Vous savez que vous avez des choses à faire et vous les reportez à plus tard, à demain, à un autre moment plus approprié…

Plus vous les reportées, plus vous aurez du mal à les faire. 

Vous cherchez des excuses et vous vous engagez dans d’autres activités qui, sans savoir pourquoi, se transforment en priorités et qui vous consomment ce bien si précieux, le temps, qui est impossible d’acheter.

Et, il s’avère que vous vous retrouvez avec la même tâche, avec moins de temps pour la réaliser et en plus avec un vague sentiment de malaise et une mauvaise conscience qui vous tourmente et qui se transforme en une charge supplémentaire à porter.

Et, lorsque finalement vous vous y attelez, dans bien des cas, vous vous dites : “ Ce n’était pas si terrible !”.

Alors, vous n’y comprenez rien, et vous vous demandez avec un certain degré d’angoisse: “Pourquoi je ne m’y suis pas mis(e) plus tôt sachant que JE DOIS le faire?”.

Vous vous faites de vagues promesses, vous vous dites que ça ne se reproduira plus, mais, à la première alarme, vous oubliez tout et vous vous voyez à nouveau entraîné à réparer l’armoire alors que vous avez des problèmes de trigonométrie à résoudre, que vous pourriez retrouver vos ami(e)s pour prendre un café, que vous devriez trouver une date pour votre contrôle médical, celui que vous reportez depuis plus de 6 mois, que vous devriez laver votre voiture et la laisser flambant neuve alors que vous savez que le contrôle technique n’a pas encore été passé, vous vous goinfrez de séries sur Netflix au lieu de tenir la comptabilité de votre entreprise, vous nettoyez votre boîte mail au lieu de répondre aux courriels de vos clients, vous dépoussiérez au lieu de repasser la montagne de chemises qui menace de vous cacher la vue sur la rue…

La liste est infinie, mais elle n’en finit jamais de s’accroître, comme le débit d’un fleuve qui devient de plus en plus grand, au fur et à mesure qu’il prend les eaux de ses affluents, tout comme le sentiment de culpabilité et la sensation d’impuissance du “je n’ai pas le choix”.

Mais “relax” comme dirait mon fils, c’est une situation relativement commune, même si certains d’entre nous sont plus coincés que d’autres…

Cette tendance à remettre au lendemain s’appelle procrastiner.

D’après la définition succincte d’un dictionnaire de la langue française, procrastiner, signifie différer, reporter.

Et maintenant, une anecdote personnelle qui m’est arrivée il y a au moins 10 ans, lorsque je travaillais pour une entreprise multinationale.

Le directeur de notre service, qui avait la réputation d’être un ogre, une réputation qu’il avait d’ailleurs bien méritée, pour me faire remarquer que je n’étais peut-être pas en train de faire ce que je devais (thèmes de communication client), il m’a posée la question, “peut-être que si je n’étais pas là…” puis, il marqua une pause, et il ajouta “en anglais, ça se dit procrastination, je ne trouve pas le mot en espagnol”. Comme j’aimais être la plus maline et toujours avoir le dernier mot, je me souviens que je lui avais répondu “procrastination, Paco, en espagnol ça se dit procrastinación”.  J’ai ressenti un sentiment de satisfaction puérile, celui qui vient de mettre un but lors d’un match qui est perdu d’avance.

Fin de l’anecdote.

Depuis lors, la tendance à la procrastination est très à la mode et il existe une infinité d’articles, d’études et de livres qui vous aident à la combattre.

Et bien oui, il semblerait qu’en plus d’être heureux, nous avons l’obligation d’être entreprenants, fructueux, productifs, multitâches, polyvalents… et pour y arriver, nous avons besoin de mieux gérer nos ressources personnelles, économiques, notre temps…

La procrastination s’associe alors à un problème de gestion du temps et les solutions qui lui sont offertes sont du genre rationnel, de sages et sensés conseils pour que vous puissiez disposer de votre temps de la façon la plus efficace possible, en organisant mieux vos activités et rendez-vous, en ayant disponibles les ressources nécessaires et en disposant d’un plan de rechange, d’une solution de secours…etc.

Si vous n’avez pas encore essayé, ça pourrait peut-être vous être utile1.

Mais, qu’est-ce qui se passe si vous avez déjà essayé et vous n’avez pas réussi?

Peut-être qu’adopter une perspective différente pourrait vous aider.

Ça vous dit ?

La suite dans le prochain numéro, c’est promis.

PS: Vous vous demandez peut-être si je suis en train de remettre à demain la fin de cet article. 

La réponse est non. 

Je l’ai divisé en deux parties parce qu’il me semble excessivement long, même pour moi qui sait ce que je veux dire et où je veux aller. 

C’est mieux comme ça, de doser votre temps et votre attention, en laissant la deuxième partie pour la semaine prochaine.

Si vous souhaitez vous préparer à ce qui suit, je vous invite à observer ce qui vous arrive lorsque vous devez faire quelque chose et que vous n’en avez pas envie.

C’est à dire: qu’est-ce que vous ressentez, quelles raisons et pensées apparaissent à ce moment-là, qu’est-ce que vous faite ensuite, comment vous sentez-vous juste après et comment vous sentez-vous à moyen-terme.

Bonne semaine!

1 Si vous pensez que ce ne serait pas une mauvaise chose de commencer par-là, dites-le-moi et nous le verrons dans un autre billet.