Rencontre avec le conteur Souleymane MBodj : “Les contes d’Afrique sont des moyens d’éducation morale et philosophique”

17 décembre 2018

Le conteur, musicien et écrivain sénégalais Souleymane MBodj, est venu présenter son spectacle “Contes et Musiques de la Téranga” aux élèves du Primaire, dans le cadre des Rencontres autour du livre 2018 du Lycée français Molière.

Né au Sénégal, initié au conte dès sa plus tendre enfance et nourri dans cet environnement culturel, Souleymane Mbodj a très vite compris l’importance de la parole dans les sociétés africaines. Il propose des contes où hommes et animaux tiennent une drôle de comédie humaine. Chacune des histoires que ce magicien des mots tire de son inépuisable répertoire est l’occasion d’un merveilleux voyage au cœur de l’Afrique…

Ma première source d’inspiration, c’est d’abord ma mère. Elle racontait beaucoup d’histoires et j’ai grandi avec ses contes. Après, j’ai été influencé par des auteurs Africains francophones qui ont collecté des contes dans les années 50 comme le premier président Sénégalais Léopold Sedar Senghor poète et écrivain membre de l’académie française, le philosophe Malien Amadou Hampathé Ba ou encore le romancier Sénégalais Birago Diop. L’ école fut déterminante pour moi. Apprendre les textes de grands auteurs français comme La Fontaine et ses fables le théâtre de Molière, les philosophes de l’antiquité Grecque, les penseurs du judaïsme Antique, etc. … m’ont permis d’enrichir mon univers. Enfin les élèves  que je fréquente depuis une vingtaine d’années dans les écoles, collèges et lycées sont une source d’inspiration à travers les questions qu’ils me posent et qui m’obligent à réfléchir à certains sujets d’actualité”, nous raconte MBodj.

Il sait comme personne invoquer Leuk le lièvre, Gaïndé le lion, Bouki la hyène, les sorciers-chasseurs et les baobabs magiques pour peupler son univers envoûtant.

“Les Animaux permettent de d’écrire les travers des Hommes. L’homme aime critiquer mais n’aime pas qu’on le critique. Utiliser un animal est un moyen de se protéger face aux rois de l’époque et aux dirigeants des pays.

Chaque animal représente un symbole. Exemple : La hyène c’est la méchanceté et la malhonnêteté ; le lion, c’est le roi protecteur de sa famille, mais paresseux ; le singe, il est malin, moqueur et ingrat ; le lièvre, il est intelligent et égoïste. Chaque symbole a deux faces : une positive et une négative car l’homme a, lui aussi, l’ombre et la lumière”, remarque-t-il.

Avec lui, les enfants ont ri aux éclats, ils ont chanté et même les professeurs étaient tous très émus par le message qu’il a voulu transmettre et par la beauté de l’ambiance qu’il a su créer dans la salle de spectacle du centre culturel de la Despernada le jeudi 13 décembre ou encore dans la salle polyvalente du Lycée le vendredi 14 décembre 2018.

Cette année, le leitmotiv de cette quatrième édition des Rencontres autour du livre du Lycée français Molière était le conte, sous toutes ses formes… Beaucoup plus qu’une simple récréation, le conte recèle en lui seul des siècles de tradition orale et constitue le point d’ancrage de toute une culture au quotidien.

Souleymane dit et joue ses contes depuis longtemps, pour tous les publics, et partout en France ou à l’étranger.

C’est son intime compréhension du lien qui unit la musique aux contes qui fait de lui un narrateur complet :

  • Guitariste, compositeur, et percussionniste. Il a appris la musique sous la direction des grands maîtres percussionnistes du Sénégal et il a parfait sa formation théorique à Paris ;
  • Il a aussi été enseignant et formateur pendant de longues années notamment au CFMI de l’université de Paris Orsay ;
  • Il participe à des émissions littéraires et musicales : France Musique, France Inter, Radio France Internationale ;
  • Il donne des conférences dans les académies et instituts universitaires et intervient dans des entreprises ;
  • Il propose également, à la demande de bibliothécaires ou d’associations, des formations sur le conte et anime des ateliers de musicologie africaine ;
  • Il présente des spectacles dans les festivals, théâtres, musées, médiathèques, Instituts Français et salons du livre.

“La musique fait partie intégrante de mes contes. Chaque mélodie, chanson ou rythme représente une partie de l’histoire.  Le choix des instruments est lié à la catégorie de conte que j’utilise.  Le Djembé, tambour emblématique, est un messager. Les rythmes racontent des histoires.  La guitare a été introduite en Afrique de l’ouest, au  Sénégal, en Guinée Bissau, etc. … par les Portugais, au XVe siècle. Sa sonorité est proche des instruments à cordes comme le Xalam, guitare à 4 cordes, ou encore la Kora, une harpe luth, à 21 Cordes. Je l’ai adoptée  pour la beauté du son et aussi pour la richesse harmonique. Je peux transposer les mélodies jouées sur les instruments traditionnels cités plus haut. En plus, elle  est facile à déplacer. Je joue également du balafon pentatonique  (Xylophone en bois) dans mes livres-cd de contes. Mais c’est compliqué à transporter”.

“Quand le public réagit positivement c’est un véritable moteur de satisfaction. C’est comme une communion. Raconter une histoire est un cadeau qui se transmet et qui se partage de génération en génération.  Je parlais tout à l’heure de belles rencontres… Le personnel du lycée,  du directeur aux enseignants, en passant par les élèves, tout le monde a fait le nécessaire pour me faciliter le travail. J’ai vu une équipe motivée et  des élèves à l’écoute.

J’ai été bien accueilli, les élèves étaient  attentifs et leurs questions ont été souvent très pertinentes. J’ai senti qu’il y avait de l’exigence dans le travail et l’effort. Bravo encore à tous et Merci”.

Aussi bien les élèves que leurs professeurs n’oublieront jamais sa visite au Lycée français Molière…. Car, tant le conteur que les personnages invoqués dans ses contes, ont laissé une trace inoubliable dans tous les cœurs.

Mille mercis !

.

Pour plus d’informations : www.leebkat.com