Le numérique est partout… et aussi au Molière

20 octobre 2019

Les technologies numériques réinventent notre société en investissant progressivement tous les domaines de notre vie quotidienne et tous les secteurs de l’économie. Le numérique recouvre les sciences et technologies de l’information et de la communication (informatique, électronique, télécommunications) mais on parle de santé numérique, de commerce ou de média numériques pour qualifier des secteurs d’activité, modèles économiques ou outils du quotidien dans lesquels le numérique a été intégré et qu’il contribue à transformer.

Les projections des chiffres de l’emploi sont impressionnantes. France Stratégie et la DARES estiment qu’environ 212 000 postes pourraient être créés dans le numérique d’ici 2022. La Commission européenne estime à 756 000 les collaborateurs qui manqueront en Europe dans le numérique en 2020. 

Ces chiffres n’ont pour autre but que d’éclairer l’importance de ces technologies qui inévitablement impactent l’Ecole qui est amenée à faire évoluer ses pratiques sans céder, ni sur le fond, ni sur le sens des apprentissages.

Le projet numérique du lycée Molière est multiple et protéiforme. Il est travaillé en comité de pilotage global, en conseil de cycle, en conseil des maîtres, en conseil d’école et en conseil d’établissement. 

Selon Valérie Servissolle, le proviseur « le projet numérique du Lycée français Molière a plusieurs finalités dont la 1ère est de ne pas abandonner les jeunes aux puissances des technologies mais de créer des environnements qui permettent aussi bien le développement des pratiques que leur mise à distance ».

A la Maternelle, dans le plus grand respect des besoins de l’enfant et des préconisations scientifiques concernant l’usage des écrans, les petits commencent à utiliser ponctuellement des tablettes pour des activités ludiques ou des projets langagiers. 

Au Primaire, toujours de manière très ponctuelle et très mesurée, les enfants utilisent plusieurs supports didactiques en prise avec les nouvelles technologies. Chaque niveau a à sa disposition, une tablette et peut utiliser, en groupe réduit, la salle informatique, avec le professeur pour faire un peu de programmation, commencer à utiliser les suites logicielles de bureautique, faire des recherches, faire des exercices… La programmation fait son entrée par le biais de la robotique pour laquelle du matériel a été acheté et des enseignants formés. Cette activité plaît énormément aux enfants qui peuvent la poursuivre en extra-scolaire jusqu’à la 6ème

Au Collège, la robotique se travaille dans les cours de technologie ou en ateliers ludiques avec une entreprise partenaire au mois de juin, chaque année.

Depuis l’an passé, les classes de 5ème sont équipées d’un ordinateur portable individuel que nous baptisons, un peu abusivement, « Chromebook ». Cette année, l’outil est déployé aussi en 4ème et en 2de. 

« Le projet de notre lycée doit être bien clair pour tous», dit le proviseur. « Le Chromebook est un outil pédagogique de plus et n’est qu’un outil parmi les autres. Comme les autres outils, il a pour vocation de favoriser les apprentissages ou de diversifier les manières d’apprendre des élèves ». 

Avec leur appareil, les élèves font des recherches, écrivent, dessinent, font des exercices, interagissent sur un même document, en même temps. Ils échangent des travaux, envoient leur travail à leur professeur via un espace numérique de travail appelé class room. Les enseignants peuvent y créer des cours, donner des devoirs, les noter, envoyer leurs commentaires et accéder à toutes leurs données depuis un seul et même endroit. Class room contient de très nombreuses applications pédagogiques appartenant à la Google Suite For Education qui garantit l’appartenance des données à l’établissement scolaire, une sécurité très importante pour les équipes du Molière.

« Nous avons fait une enquête l’an passé, auprès des élèves, des professeurs et des parents. Elle a fait apparaître des indications vraiment éclairantes, reprend Valérie Servissolle. C’est intéressant de voir traduites dans notre école les conclusions de la mission parlementaire sur la modernisation de l’école par le numérique » :  

  • Les élèves développent des attitudes positives par rapport à leur travail,
  • Ils apprennent davantage en utilisant un ordinateur,
  • Ils acquièrent les savoirs en moins de temps (1/3 de temps en moins), 
  • Les outils numériques permettent à l’élève de développer sa capacité d’argumentation et son objectivité,
  • La technologie permet d’apprendre avec les autres, d’ « inter apprendre » et donc de multiplier les approches : individuelle, mutualiste ou collaborative (Marcel Lebrun).

« On peut résumer simplement ces éléments ajoute le proviseur, ce n’est pas la technologie elle-même, mais l’application de la technologie, qui a le potentiel d’affecter l’apprentissage. Le numérique est un facilitateur, un levier pour les enfants avec des difficultés, par exemple, ou pour personnaliser le parcours des élèves et leur faire des propositions qui correspondent à leur rythme d’avancement. Il développe aussi la créativité en dehors des arts ». 

Valérie Servissolle conclut en disant que, pour elle, « l’impact le plus intéressant est l’obligation que créée le digital pour l’enseignant qui n’est plus le seul fournisseur de Savoir, qui voit s’établir une relation plus horizontale avec les élèves dans une classe dont les murs deviennent poreux et qui est amené, forcément, à s’interroger sur l’évaluation, ses formes, ses buts et aussi sur le statut de l’erreur ».

Le projet numérique du lycée Molière est ambitieux dans ses développements mais il est vigilant sur les écueils à éviter que signalent les grandes études internationales. « Le numérique n’est pas magique. Non seulement, le professeur ne sera jamais remplacé mais la santé des enfants doit être préservée par rapport aux temps de consommation des écrans ou à leur sécurité d’usager ». Ainsi les ex-5èmes ont travaillé avec une kinésithérapeute et ont eu droit à une visite complète chez l’opticien. Les élèves apprennent non seulement à manipuler le Chromebook mais aussi à mettre en sécurité leurs données personnelles, leur espace privatif. 

Pour les plus grands, les nouveaux programmes du baccalauréat réformé ont apporté une matière obligatoire en 2de, les Sciences Numériques et Technologie. Il s’agit d’un enseignement qui multiplie les mises en situation des élèves, les fait travailler en mini-projets sur des cas concrets à base de programmation. 

Pour ceux qui veulent poursuivre dans ce champ, le lycée Molière est le seul en Espagne, à proposer la spécialité Numérique et Sciences Informatiques, un enseignement non professionnalisant qui manipule des concepts et des méthodes fondant l’informatique, dans ses dimensions scientifiques et techniques. 

C’est François Boyer, le professeur de mathématiques qui est en charge de la nouvelle matière dans une salle spécialement conçue pour cela. 

Valérie Servissolle est fière des équipements nouveaux et de l’organisation modulaire de l’espace « Enrique Perales et François Boyer se complètent, chacun dans sa spécificité, mais dans une continuité des apprentissages de la 5ème à la 2de. Ils vont pouvoir se soutenir et rivaliser de créativité, cela va profiter à toute l’école ». 

Les élèves ont fait la connaissance de François l’an passé. Ce dernier leur a proposé une nuit du code, lors de la semaine des mathématiques. La soirée n’était pas qu’un amusement puisque les codeurs ont impulsé plusieurs projets pour habiller la façade digitale interactive du Medialab, ce centre technologique numérique M.I.T. du centre de Madrid. Durant tout l’été, ont été projetés un jeu de Pong humain, des jeux d’esquive, des labyrinthes et autres jeux de massacre, à jouer sans manette depuis le parvis du Medialab. Récemment, les créations du groupe ont été primées à la convocatoria de 2019 ce qui prouve une fois de plus le talent des élèves.

Le projet numérique du lycée Molière se déploie progressivement mais il ne perd de vue, ni l’intérêt des enfants ni la qualité de la pédagogie. Il sera réinterrogé chaque année afin d’évoluer vers toujours plus de pertinence et d’adéquation aux attentes sociétales.