Enseignement à distance : la continuité pédagogique au premier degré

21 avril 2020

Le Lycée français Molière est entré depuis le 11 mars, comme l’ensemble des établissements scolaires d’Espagne, dans un plan d’élaboration des apprentissages différent de celui habituel au travers de l’enseignement à distance. L’équipe pédagogique n’a cependant pas perdu de vue la philosophie de son projet éducatif : 2 langues et 3 cultures.

En primaire (maternelle et élémentaire), il est certain de notre point de vue, et de nombreuses études viennent confirmer cela, que l’enseignement à distance ne peut pas se résumer à un simple enseignement on-line durant lequel les élèves seraient en classe devant leur enseignant en vidéoconférence. Le prisme d’étude est différent, la manière d’enseigner doit aussi l’être.

La Mission Laïque Française, réseau d’établissement français auquel appartient le lycée Molière, mène depuis plusieurs années une politique ambitieuse mais réaliste autour de diverses problématiques dont le numérique et la formation des enseignants font parties.

Ainsi, au travers de son Forum Pédagogique collaboratif, elle a bâti un plan de formation continue autour de 5 questionnements indispensables pour la continuité pédagogique à distance :

  • pourquoi et comment créer des supports audio et vidéo ? Comment les enrichir  pour les rendre interactifs ?
  • comment utiliser les ressources qui existent sur la toile ?
  • de quelle manière peut-on scénariser la continuité pédagogique ?
  • comment faire produire les élèves ? productions individuelles ou collectives, temps synchrone ou asynchrone ?
  • quels sont les moyens dont nous disposons pour évaluer les progrès des élèves ?

L’ensemble de ces problématiques soulevées permet dorénavant à chaque enseignant de disposer d’outils nécessaires à l’élaboration d’un enseignement à distance efficace et de qualité.

Afin de conserver la philosophie de l’enseignement français, l’équipe éducative a fait le choix de définir « son plan de bataille » par cycle : maternelle (cycle 1), CP-CE1-CE2 (cycle 2) et CM1-CM2 (cycle·3), ceci afin de tenir compte de l’âge des élèves qui n’ont pas les mêmes temps d’attention en classe et encore plus devant les écrans.

L’école Maternelle, spécificité de la continuité pédagogique à distance

Des temps quotidiens sont proposés pour ouvrir la journée et garder les rituels de la classe, permettant :
– un 1er temps d’exposition à la langue française. Des aménagements de ces temps ont eu pour s’adapter aux difficultés techniques selon les classes : soit le moment a été décalé dans la journée, soit les rituels sont enregistrés au travers une capsule vidéo que les familles peuvent consulter quand elles le souhaitent
– un second temps d’exposition à la langue française avec une lecture d’album
Des temps sont également proposés en anglais et en espagnol chaque semaine avec des enseignants en doublette pour un apprentissage de l’anglais au travers la langue maternelle de la majorité des enfants.

Des temps d’activités lors desquels votre enfant devra travailler en autonomie sont également programmés. Il ne s’agit pas que les parents aident l’enfant afin que tout soit parfait mais seulement qu’ils l’accompagnent dans le démarrage de l’activité en vérifiant la compréhension de la consigne par exemple. Pour le suivi des progrès, il est important que le travail envoyé à l’enseignant soit celui de l’élève.

Même si l’enseignant se fait en distanciel, il doit continuer à s’appuyer sur les 3 fondements de l’enseignement à l’école maternelle :

On apprend en jouant et en manipulant

A travers le jeu, une multitude de savoir-faire et savoir-être se construisent : respecter des règles, apprendre à gagner et à perdre, persévérer, élaborer une stratégie, faire équipe, se repérer dans l’espace, suivre une consigne, analyser, mémoriser, entrer en contact avec les autres, exprimer ses émotions, coopérer, imiter ses pairs….

D’autre part, l’attention et la concentration sont des facteurs déterminants pour la compréhension et l’assimilation d’un concept et, lorsque l’enseignant organise une activité autour d’objets physiques, toute l’attention des élèves est dirigée vers l’objet et vers les résultats produits par la manipulation. En abondant dans le même sens, les neurosciences expliquent la connexion entre les mains et le cerveau. Ainsi, travailler avec les mains permet d’enrichir les capacités “logico-verbales” et de faire appel à l’intuition et à la créativité, pour trouver davantage de solutions à des problèmes donnés et pour construire les concepts.

Ces activités de manipulation doivent être quotidiennes et trouvent leur sens dans les activités du quotidien. Chaque situation de la maison est légitime pour ranger, classer, compter …..

Un exemple simple : un enfant peut reconnaître et nommer les nombres de 1 à 10 mais n’aura pas forcément compris à quoi ils pouvaient correspondre : les notions d’ordre et de quantité sont abstraits pour l’enfant. Il doit encore construire les concepts.

Pour cela, l’enseignant met en place des jeux et des situations de manipulations pour construire le concept de nombre :

  • comment représenter un nombre (car un nombre sert à dire combien de fois il y a la même chose) ? comment exprimer la quantité qu’il représente ?
  • comment compter les objets sans se tromper ? faire des regroupements
  • à quoi sert un nombre ? ordonner, quantifier, comparer, calculer.

On apprend en réfléchissant et en résolvant des problèmes

La manipulation permet déjà de proposer implicitement des situations problèmes aux enfants.
Résoudre des problèmes ne renvoie pas seulement à la résolution de problèmes mathématiques que l’on peut rencontrer au primaire ou au secondaire. En maternelle, résoudre des problèmes, c’est proposer une situation à l’élève pour laquelle il n’a pas de réponse immédiate à donner. Il va donc chercher une solution en essayant, en se trompant, en recommençant. Il va tâtonner. Le rôle de l’enseignant est dans le calibrage de la situation : l’élève possède-t-il les ressources nécessaires pour trouver la solution ?

On apprend en se remémorant et en mémorisant

Les élèves de maternelle sont très souvent naturellement dans la répétition de tâches déjà effectuées. Peut-être avez-vous déjà remarqué votre enfant vous demandant de lui lire la même histoire le soir avant de se coucher pendant plusieurs jours !

Répéter une tâche que l’on a déjà faite revêt un triple intérêt pour l’enfant :

  • c’est rassurant et sécurisant (exemple : savoir ce qu’il va se passer dans un livre lui permet d’anticiper sur ses émotions)
  • l’élève mémorise des mots de vocabulaire et des structures de phrases.
  • l’enfant construit une bonne estime de lui en réussissant plusieurs fois.

L’objectif principal de l’ensemble des situations mises en œuvre est de maintenir, d’entretenir le plaisir d’apprendre des enfants. Et c’est pour cette raison que l’équipe enseignante de maternelle construit l’enseignement à distance dispensé de cette manière : des temps courts de rencontres avec les élèves afin de garder les rituels de fonctionnement de la classe, des moments un peu plus longs autour de la compréhension de la langue orale (lecture d’album par exemple).

Nous devons préserver vos enfants de l’exposition aux écrans d’autant plus que, comme je l’ai décrit auparavant, ce n’est pas devant un écran que l’élève apprend mais en étant en interaction avec le monde et les personnes qui l’entourent.

Le suivi des progrès des éléves ne peut se faire que grâce aux retours que vous ferez à l’enseignant des situations vécues par votre enfant par le biais d’enregistrements audio, vidéo, par des prises de photo de la réalisation effective de l’élève. Ces retours sont primordiaux afin que l’enseignant adapte la suite des apprentissages.

L’école Élémentaire

Comme pour l’école maternelle, l’enseignant construit les apprentissages qu’il propose aux élèves et les parents n’ont pas un rôle d’enseignant « bis » mais d’accompagnement dans la mise au travail, ce rôle se réduisant avec l’âge. Les élèves de CM1 et CM2 sont plus autonomes que des élèves de CP ou CE1.

L’introduction des nouvelles notions se fera dans la plupart des cas en s’appuyant sur des supports audio ou vidéo envoyés aux élèves qu’ils parcourront à leur guise. Les exercices et la systématisation de la notion en découlera et les retours que vous ferez aux enseignants (via les plateformes dédiées) sont primordiaux afin de suivre l’évolution, les progrès et les difficultés rencontrées par votre enfant.

Les supports proposés pour introduire une notion, pour faire réfléchir les élèves à plusieurs de manière synchrone ou asynchrone, avec ou sans la présence de l’enseignant, sont autant de dispositifs qui vont permettre aux élèves de construire leur compétences dans le domaine d’enseignement concerné mais aussi leurs compétences transversales qu’ils vont pouvoir réinvestir au quotidien (argumenter, compléter une réponse, donner son opinion). Les attentes seront bien entendu graduelles du CP au CM2.

Les temps de rencontre « en direct » avec l’enseignant vont permettre aux élèves de poser leurs questions sur des notions qu’il n’ont que partiellement comprises.

C’est le principe des classes inversées dont le fonctionnement est le suivant : les élèves reçoivent des cours sous forme de ressources en ligne qu’ils vont pouvoir regarder chez eux, et l’échange avec l’enseignant se fait après avoir pris connaissance du contenu.

Ainsi dans le modèle d’enseignement à distance qui est le nôtre, les élèves vont pouvoir rencontrer l’enseignant pour répondre à leurs doutes, à leurs incompréhensions lors de sessions en petit groupe proposées plusieurs fois dans la semaine.

Les lancements de journée et de consignes se feront de manière différenciée en fonction de l’âge des enfants : capsules audio et/ou vidéo pour les plus jeunes (cycle 2), vidéoconférence pour les plus autonomes (cycle 3).

Les temps de vidéoconférence vont se généraliser aux enseignants de langue afin de garder notre logique trilingue d’apprentissage.

Olivier Denis, directeur de Primaire