“On s’initie pas au maths, on les découvre puis elles poussent peu à peu en nous”

“On s’initie pas au maths, on les découvre puis elles poussent peu à peu en nous”
Interview de Pablo Manchon et Pedro Calvo-Sotelo, anciens élèves du Lycée français Molière et étudiants en Mathématiques à l’Université Complutense de Madrid.

Pablo Manchon et Pedro Calvo-Sotelo sont des anciens élèves du Lycée français Molière, qui suivent des études mathématiques à l’Université Complutense de Madrid et qui sont venus dans notre établissement pendant la semaine des mathématiques nous raconter leurs expériences.

Ce sont deux profils très différents. Pablo est un passionné des Mathématiques qui veut devenir chercheur même si cela suppose renoncer à une vie de confort. En revanche Pedro a une idée très claire : son but est de faire de l’argent en se consacrant aux mathématiques financières.

Comment t’es-tu initié aux Maths ? D’où te vient cette passion ?

Pablo: A partir de la lecture du livre “La musique des nombres premiers” de Marcus de Satoy, j’ai commencé à m’intéresser aux Maths en dehors du Lycée et le canal YouTube appelé “Numberphile” a conforté mon intérêt pour cette matière. je trouve que c’est une matière intellectuelle où la recherche de thèmes compliqués et de propriétés étranges est passionnante.

Pedro: On s’initie pas au maths, on les découvre puis elles poussent peu à peu en nous (ou pas!). Ce sont les petits plaisirs des résolutions de problèmes, on devient accros. 

Pourquoi, d’après toi, les mathématiques provoquent-ils autant de terreur chez les étudiants ? 

Pablo: Il faut penser et bien réfléchir pour réussir dans ce domaine et beaucoup d’élèves sont frustrés de ne pas avoir le travail “mâché”.

Pedro: Ce ne sont pas les maths, mais leur incompréhension qui dérange. Mieux on les connais plus on les aime.

Es-tu de ceux qui pensent que cette matière est divertissante ? Quels conseils donnerais-tu aux enseignants de primaire et secondaire pour que cela devienne une réalité dans les classes ? 

Pablo: Pour moi c’est la matière la plus divertissante mais je ne me risquerai pas à dire comment les professeurs doivent faire leur travail. En ce qui me concerne, C.Bonnefoy a été un professeur exemplaire et motivant et c’est donc à lui que je poserai la question.

Pedro: D’abord il faut admettre que ce n’est pas pour tout le monde. Par contre cette distinction ne peut pas se faire sans y être initiés. Il faut donc faire extrêmement attention aux premiers moments. Puis laisser chacun choisir.

Selon toi, quels sont les raisons principales pour lesquelles un citoyen ordinaire doit apprendre les mathématiques afin d’évoluer dans sa vie quotidienne ? 

Pablo: Plus qu’un outil que toute personne peut utiliser, les Maths incitent à développer une manière de penser plus critique et une autonomie certaine. Bref, tout citoyen peut grâce à elles devenir une personne qui travaille mieux et optimise son temps.

Pedro: Selon vous, quelles sont les raisons pour lesquelles un citoyen ordinaire doit apprendre à lire?

Est-ce vrai de dire que les mathématiciens comptent même le carrelage des rues où ils marchent ? 

Pablo: Pas vraiment mais on peut parfois faire attention a des choses totalement inutiles mais qui ont un intérêt mathématique (par exemple la plaque numérologique d’une voiture…)

Pedro: Dans mon cas c’est plutôt l’optimisation du parcours que je recherche.

Est-ce que ton esprit n’est jamais au repos ou bien tu n’en es pas encore là ? 

Pablo: Il n’est presque jamais au repos. Parfois même je ne prête pas attention à mes parents ou mes amis car je suis plongé dans mes réflexions.

Pedro: Les week-ends je suis en “services minimums”.

Quelle est ta formule mathématique préférée ? 

Pablo: Voyez la photo qui ilustre l’interview: la conjecture de Riemann, toujours pas démontrée, du problème ouvert le plus important qui soit. L’énoncé “pas une formule” serait : les zéros non triviaux de la fonction Zeta de Riemann ont une part réelle égale à 1/2. (Si vous voulez en savoir plus sur la conjecture de Riemann, Pablo nous recommande le livre “la musique des nombres premiers”).

Pedro: Pas de formules, plutôt une idée: la “taille” de l’univers infini est la même que celle du segment réel de 0 à 1.

A quoi peut se consacrer un mathématicien aujourd’hui ? 

Pablo: Personnellement, je pense que les mathématiciens sont utiles presque partout.

Pedro: A tous les métiers du monde plus celui de mathématicien.

As-tu un passe-temps favori ? 

Pablo: La guitare.

Pedro: Le foot, pas très original. 

On dit que pour appartenir au club des mathématiciens il faut être un peu obsessionnel. Qu’en penses-tu ? 

Pablo: Ce n’est pas une condition nécessaire mais c’est très probable qu’un membre de ce club le soit.

Pedro: Nous avons tous des petites obsessions mais celles des matheux sont souvent plus évidentes.

Est-ce ton cas ? 

Pablo: Définitivement oui, beaucoup.

Pedro: Le volume de la télé, radio, etc. Doit toujours être un multiple de 5.

Quels sont les livres de mathématiques qui t’ont plu et que tu voudrais recommander aux étudiants intéressés ? 

Pablo: “La musique des nombres premiers” de Marcus de Satoy  et ”Le théorème du Perroquet“ de Denis Guedj.

Pedro: Pour cette question je vais faire le lien avec la suivante: sur YouTube les vidéos de Numberphile. “Canela en rama”. 

Quelle valeur donnes-tu à l’utilisation des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) dans les classes de maths ? 

Pablo: Je suis traditionnel, cela peut aider mais ce n’est pas absolument nécessaire. Comme disait une enseignante de ma faculté “les Mathématiques se pensent avec du papier et un crayon”.

Pedro: La plupart du boulot se fait sur papier. Tout de même, rien de mieux que Geogebra pour comprendre la géométrie !

Quels sont tes rêves pour ton futur professionnel ? 

Pablo: Pouvoir faire de la recherche en Algèbre.

Pedro: Je dirais le monde des finances. Mais faut d’abord finir la Fac!