Nicolas Jules : “Le bon poète ne cherche pas à être un bon poète et il ne trouve ses outils qu’intuitivement”

Nicolas Jules :  “Le bon poète ne cherche pas à être un bon poète et il ne trouve ses outils qu’intuitivement”

Artiste connu et reconnu dans le petit monde de la nouvelle chanson française, Nicolas Jules fut invité par le Lycée français Molière à donner un concert pendant les Rencontres Poétiques “Dire le Monde” qui ont eu lieu entre le 23 et le 26 mars. Nous avons voulu en savoir un peu plus sur son côté poétique, transversal, fascinant, hors série.

 

– Les rencontres Poétiques nous ont appris beaucoup de choses et l’une d’entre elles est que la poésie est une manière d’être dans le monde et sert à raconter le monde. Vous êtes vous-même poète. Partagez-vous cette idée ? Que représente pour vous la poésie ?

– Oui je crois qu’on peut choisir d’être dans le monde et voir le monde par la poésie. Etre soi-même poète c’est une autre paire de manches. Je crois que j’ai trop de respect pour les grands poètes que je lis pour dire de moi que je suis poète. La poésie est indéfinissable, comme l’amour. On tourne autour. Quand on touche c’est du bout du doigt, un peu de chair sur le dos d’une baleine. La poésie c’est du mouvement et de l’inexplicable. Et c’est écrire sans figer, dire sans expliquer. 

– Qu’est-ce qu’un “Powête” ? (Nom de votre 6ème album, 2008)

– C’est un nageur qui préfère se baigner au milieu des baleines que des méduses. Un chanteur qui caresse des dos de géants et qui revient chez les hommes sans oublier qu’il n’est qu’un chanteur.

-Quels poètes ont influencé votre œuvre ? Y-a-t’il un poète contemporain qui vous plaise et pourquoi ?

– Difficile à dire dans quelle mesure on est influencé mais parmi mes lectures préférées je peux citer Arthur Rimbaud, Guillaume Apollinaire, Federico Garcia Lorca, Attila Jozcef. Des contemporains peut-être davantage encore, Patrice Desbiens, Charles Pennequin, Carlos Drummond De Andrade, Manoel de Barros, Geneviève Desrosiers, William Cliff. Ils me plaisent parce qu’ils n’ont pas de recette tout prête et parce qu’ils vont chercher en eux ce que leurs aînés ne pouvaient leur donner.

– Nous savons que votre initiation à la musique date de votre adolescence, presque par hasard, lorsqu’un groupe d’amis formèrent un groupe et que vous êtes devenu leur chanteur. Par contre cette vocation de poète, j’imagine que vous êtes né avec. Avez-vous cependant des souvenirs du moment où vous avez découvert cette vocation et du pourquoi et comment vous l’avez cultivée ?

– Cultivée ? Je cultive un jardin mental depuis l’enfance, avec les outils que j’ai et ceux qu’ont me donne. La chanson c’est l’outil qui tient le mieux dans ma main. C’est un peu de théâtre, de musique, de poésie, de son et de visuel et c’est un peu autre chose que tout ça. C’est une matière extensible dans laquelle je ne me sens pas trop à l’étroit. Avant je touchais à tout, à tout un peu et sans satisfaction. Le déclic se fit en rassemblant tout une fois passé le temps des expériences. Il a fallu du temps pour arriver à ce déclic. Mais le déclic dure une seconde. Et je me souviens bien de cette seconde là, il y a vingt ans, dans un bistrot à Poitiers, une belle seconde dans une belle journée.

– Comment réussit-on à devenir un bon poète ? De quels outils a-t-on besoin ?

– Je ne sais pas. Le bon poète ne cherche pas à être un bon poète et il ne trouve ses outils qu’intuitivement. 

– Peut-elle servir de thérapie personnelle ? Les conflits internes sont-ils une force créatrice ?

Bien sûr.

– Vous avez été récompensé par plusieurs prix (Prix chanson des Découvertes du Printemps de Bourges Quelle, Prix du Jury au Festival “Alors Chante !” de Montauban,  Prix coup de cœur de l’Académie Charles-Cros, Prix Félix-Leclerc remis à l’occasion de Francofolies de Montréal). Influence ont-ils eu sur votre carrière ?

– Aucune.

– Comment définiriez-vous votre poésie : intimiste, revendicative, libre, humoristique… ?

– J’essaie d’écrire ce qui ne peu pas se cerner, se définir. Comme si un poème ne pouvait jamais s’attraper et que c’est justement ça qu’on a à raconter. J’y mets de temps en temps quelques-unes des intentions que vous proposez…

– Pourriez-vous nous offrir un titre pour cette entrevue, un titre qui vous décrive en quelques mots ?

– Je ne peux décrire que ce que je vois. Il me serait plus facile de trouver un titre à propos de vos questions qu’à propos de mes réponses.

– Votre dernier disque “La nuit était douce comme la queue rousse du diable au sortir du bain”(2013) révèle l’univers fantastique et rêveur de Nicolas Jules. Pouvez-vous nous raconter ce qui vous a inspiré et votre processus créatif.

– Je regarde attentivement ce que je choisis de regarder. Je regarde en même temps droit et de travers. Je marche. En ville de préférence. Je marche en même temps pour me perdre et me trouver.  Je passe mes journées à tenter de prendre par surprise ma raison mais elle a de larges épaules. De temps en temps j’arrive à lui faire un genre de clé anglaise. C’est là que les idées passent. Quelque-chose est là, éparpillé. Je ramasse ce que je peux et j’essaie d’en faire quelque-chose. La mémoire aussi est utile. Se souvenir des chemins qui ne font pas demi-tour. Comme tout le monde je traverse la vie en y découvrant tour à tour des paysages de beauté ou d’effroi. J’écris peu mais je pense à ce que je vais écrire tout le temps. Chaque album correspond à une période d’écriture. La dernière, malgré cette figure diabolique qui rôdait, était surtout visité par la beauté, avec quelques gouffres bien sûr. Le prochain disque sera l’histoire d’une plongée et d’une sortie d’un paysage d’effroi. Après tout, c’est comme au cinéma, il faut espérer qu’il en reste un bon film, que ce soit une comédie romantique ou un thriller psychologique.

– Quels sont vos futurs projets artistiques ?

– Un nouvel album donc. Les chansons sont écrites mais le processus d’enregistrement sera long. Des concerts, toujours des concerts. Et d’autres choses, avec d’autres personnes, dans le rock et aussi dans le théâtre.

Un artiste primé et prolifique

Il est né le 17 mars 1973 et a vécu ses premières années à Mont-en-Baroeul dans le nord de la France. Il déménagea ensuite avec sa famille à Poitiers.
À 18 ans Nicolas Jules dessine, écrit, fait partie d’un groupe de théâtre et commence à chanter dans un groupe de rock formé avec quelques compagnons de la Faculté : “Mama Vaudou”. Il y en eu un autre qui dura peu de temps “Longicorne Mineur” jusqu’à ce qu’il se lance avec son propre nom bien qu’accompagné de son amie Emmanuelle Mercier.
En 1998 sort un Mini Lip de 6 chansons intitulé “De l’oreillette au ventricule”. Deux années plus tard est publié un autre Mini de 5 chansons ayant pour titre “Doigts dans les doigts” qui reçoit le Prix Alors Cante de Montauban et finit finaliste dans le chorus des Hauts de Seine. En 2002 il nous offre 5 chansons nouvelles “Tête à cloaque” et part en tournée avec Paris Combo dont il fait la lère partie du spectacle.
En 2004, il publie sa 1ère œuvre de longue durée “Le cœur sur la table” pour laquelle il reçoit, entre autre, le Prix Coup de Cœur de la prestigieuse Académie Charles Cros. Il est également récompensé au Canada, où il se produit de temps en temps, et où il reçoit le Prix Félix Leclerc. A ce 1er album appartient la chanson “Brechallum” que vous pouvez écouter dans la vidéo suivante :

En 2005 apparaît “L’Atelier” un album enregistré en direct. Le direct est une de ses forces. Nicolas Jules séduit, provoque, divertit et réussit à établir une complicité toute spéciale avec son public. Les années suivantes il participe à de nombreux festivals français, belges et québécois.
En 2008, il publie son troisième album “Le Powête” pour lequel il est également récompensé par l’Académie Charles Cros. Il compte avec la participation de Babette Moinier du groupe Largo, de Laurent Baraton et de son amie l’actrice et chanteuse Emmanuelle Bercier. Dans la vidéo suivante vous pouvez écouter “Papier bleu”.

Enfin de nouvelles chansons sont présentées en 2013 dans le disque intitulé “La nuit était douce comme la queue rousse du diable au sortir du bain “. Il fait sa tournée en trio, accompagné de Roland Bourbon (batterie) et Clément Petit (violoncelle).

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