Les enseignants du Lycée français Molière ont suivi une formation sur l’usage des tablettes dans l’enseignement

Les enseignants du Lycée français Molière ont suivi une formation sur l’usage des tablettes dans l’enseignement

En février, a eu lieu au Lycée français Molière un stage de formation destiné à renseigner les enseignants sur les possibilités d’usages pédagogiques des tablettes, un dispositif électronique qui est idéal, grâce à sa portabilité, sa taille, son écran tactile et la diversité des applications existantes, pour l’apprentissage personnalisé et le développement des compétences en matière digitale.

Le Lycée a initié, cette année, un projet pour l’usage individuel de l’I-pad comme instrument de travail en classe L’objectif est son implantation graduelle à partir du CM2. Les élèves ayant commencé son utilisation devront pouvoir appliquer la même méthodologie dans les classes postérieures.

Ces formations, qui doivent permettre aux professeurs d’utiliser les technologies dans leur enseignement, étaient basées sur une alternance d’apports théoriques et exercices de manipulation. Elles ont insisté sur le fonctionnement des tablettes, la présentation des ressources, les usages possibles en classe, en mettant en avant le travail collaboratif que permet ce type d’outils numériques.

Pour connaître dans le détail les objectifs et la portée de ces formations, nous avons interviewé le spécialiste qui a assuré ces cours : M. Bernard Gugger, professeur détaché au Département Ressources Technologies Communication du réseau Canopé, académie de Dijon (France).

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Dans les grandes lignes, en quoi consistait la formation des professeurs de maternelle, primaire, collège et lycée ? En quoi sont-elles différentes les unes des autres?

Ces deux formations ont été très proches (les usages pédagogiques en premier ou second degré sont similaires) avec cependant une accentuation plus prononcée :
– pour les enseignants d’élémentaire sur les applications spécifiques à certaines matières et sur la facilité d’enregistrement (sonore, vidéo ou de photos).
– pour les enseignants du secondaire sur la lecture de fichiers PDF ou ebooks ainsi que sur la nécessité de disposer d’espaces d’échanges de fichiers fiables et en interne à l’établissement (pour ne pas saturer la bande passante de sortie internet du lycée). La question des manuels électroniques a aussi été abordée car primordiale pour la réussite de ce projet.

Quel est l’objectif de cette introduction des tablettes dans les classes ? Accéder à ebooks, pour elearning, impliquer plus l’élève et le motiver, produire du matériel spécifique à la classe ou un mélange de tout cela ?

Un mélange d’un peu tout cela mais j’insisterai aussi sur l’importance d’éduquer nos enfants aux médias et à internet en leur apprenant à utiliser à bon escient la richesse qu’apportent les outils numériques et en développant leur regard critique sur internet et ce qu’on y trouve. Il s’agit de former de futurs citoyens à l’aise avec ce type de matériel mais aussi avec leurs usages.
L’introduction des tablettes en classe amène aussi les enseignants à modifier leurs postures pédagogiques en faisant réaliser aux élèves des devoirs numériques, des travaux collaboratifs ou coopératifs et en reportant parfois un temps d’apprentissage à la maison en leur mettant les contenus de cours à disposition. Ça leur permet aussi de proposer des supports de cours plus variés (vidéo, quiz…).
La (re) motivation des élèves est bien sûr importante mais il faut se méfier de sa durée (l’effet de mode des nouveautés ne perdure pas toujours).

Que peut-on faire avec une tablette que l’on ne peut pas faire sans ?

Si j’étais un peu provocateur, je dirai qu’il n’y a pas vraiment de choses que l’on ne peut pas faire avec les tablettes et qui serait impossible sans…
Par contre il est évident que l’utilisation des tablettes permet :
– une facilité et une variété d’usages (surtout de la part d’enfant) par son côté tactile ;
– un gain de temps (elles sont immédiatement opérationnelles);
– une mobilité et une intégration aisée de médias (c’est à la fois un dictaphone, un appareil photo, un caméscope, un lecteur vidéo, un GPS…) ;
– de développer l’échange ou la communication.

Quels sont les problèmes d’apprentissage que cet usage pourrait aider à résoudre ?

Dans les expérimentations (prêts de tablettes en écoles élémentaires en Côte d’Or ou suivis de projets en collèges) que j’ai suivies, j’ai rencontré plusieurs fois des enseignants qui soulignaient que les tablettes avaient permis de résoudre (ou favorisé) les apprentissages. En voici quelques exemples :
– apprentissage de la lecture : des applications permettent de déplacer des lettres pour former des mots, la tablette “lisant” alors le mot formé… Cela aide les élèves dyslexiques ou ayant du mal à formaliser ce qu’ils construisent ;
– sociabilisation et verbalisation : en petite classe les élèves échangent sur leurs découvertes réalisées sur la tablette et leurs réussites ou échecs ;
– travail au rythme de chacun : les élèves peuvent revoir, relire ou prendre le temps de faire les exercices demandés ou les contenus de cours proposés ;
– valorisation du travail des élèves qui est plus “propre” qu’avec d’autres supports, droit à l’erreur et possibilité de refaire : cela rassure les élèves et les amène à avoir plus confiance en eux.

J’oublie sans doute d’autres pistes que les collègues sauront développer.
L’utilisation de la tablette nécessite-t-elle un changement important de planning ? Quelles sont les modifications qui pourraient permettre une intégration plus facile ?

Non, l’entrée des tablettes en classe ne nécessite pas de changement majeur. Par contre il y aura certainement petit à petit des modifications de rituels de déroulé de cours par les possibilités qu’elles offrent (évaluations instantanées, exercices personnalisés, parcours différenciés en fonction des niveaux des élèves).
Les modifications nécessaires sont plus matérielles que temporelles ou organisationnelles : l’usage de ce type d’outils demande l’installation de réseau WiFi couvrant les salles où les tablettes sont utilisées et d’un débit suffisant pour permettre le travail.

La formation reçue par les professeurs est-elle destinée plutôt à apprendre à diriger l’élève vers le contenu digital ou à créer ce contenu ?

Ce sera un peu des deux mais pas forcément au même moment : au départ les enseignants vont orienter leurs élèves vers des contenus “tout prêts” mais j’estime qu’au bout d’un certain temps ils en arriveront à créer leurs propres contenus et enfin à demander aux élèves de réaliser eux-mêmes les contenus digitaux. C’est d’ailleurs une nouvelle compétence qui fait son apparition dans le nouveau socle commun : la publication de contenus internet.

Que répondez-vous aux parents (et aux professeurs) qui craignent que l’introduction de la tablette offre trop de distractions (courrier électronique, YouTube, réseaux sociaux…) ?

D’abord, il est très important de souligner que les tablettes ne remplaceront pas le papier : les livres ou les cahiers continueront d’exister.
Ensuite, cette distraction existe déjà que ce soit en classe ou au domicile (via ordinateurs ou smartphone pour les élèves les plus âgés). Là encore, le rôle des enseignants et des parents est d’éduquer les enfants à respecter les usages prévus de ces matériels selon les lieux : à l’école, les usages pédagogiques ; en dehors, les usages pédagogiques et personnels. On se rend compte (dans les projets suivis) que cette séparation leur est très facile et qu’il n’y a pas trop de soucis de non respect des consignes (du moins pas plus que sans tablettes…).

Les tablettes posent un problème important pour les centres éducatifs et les bibliothèques scolaires. En effet, ils ne peuvent pas bénéficier de réductions à l’achat pour volume important. Ils ne peuvent non plus stocker les livres dans le cloud en les associant à un compte du centre pour qu’ils soient téléchargés à la demande et vus sur des tablettes variées comme Android, IPad, Kindle,etc. Savez-vous si cela va changer dans l’avenir ?

Ce problème est effectivement important et particulièrement crucial en ce qui concerne les manuels scolaires. Les éditeurs cherchent toujours des schémas économiques leurs permettant de rémunérer correctement leurs productions et leurs auteurs. On voit aussi émerger des livres numériques créés par travail collaboratif d’enseignants et proposés à moindre coût.
Se développent aussi des projets de mises à disposition numérique de livres tombés dans le domaine public (projet Gutemberg) ou de numérisation de contenus existants (bibliothèque nationale ou bibliothèque Google).
Certains fournisseurs commencent aussi à proposer des achats en volume (Apple pour ses applications par exemple). Je pense que ce genre de pratiques devrait se développer.
Enfin en ce qui concerne le stockage des ouvrages numériques, des solutions techniques se sont développées dans certaines médiathèques. La bibliobox, présentée en formation, en est un exemple.

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