Approche de l’écriture poétique dans les prisons du franquisme

Approche de l’écriture poétique dans les prisons du franquisme

Les élèves de 2nde de l’option Littérature et Société ont eu la chance,  mardi 24 février, de recevoir à la Médiathèque du lycée la visite d’Aurore Ducellier, chercheuse résidente à la Casa de Velázquez.

Dans le cadre de son travail de thèse, Aurore Ducellier étudie la poésie dans les prisons franquistes. Après avoir efficacement rappelé aux élèves l’essentiel des circonstances historiques de la guerre civile, la jeune chercheuse nous a présenté une sélection de trois poètes : des poètes républicains qui ont fait la douloureuse expérience de l’emprisonnement dans ce qui servait de prison à l’époque. Nous avons donc  appris qui étaient :

poetas

A. Ducellier a choisi de nous les présenter par ordre d’incarcération, retraçant à travers eux une évolution de la guerre civile. Nous avons lu à haute voix un poème de chacun de ces prisonniers : expression de deuil interminable après les exécutions de leurs amis,  témoignages de leur vie carcérale, traces de leur mémoire de la guerre.

Pour conclure, Aurore Ducellier n’a pas omis de nous rappeler l’abondante littérature qui expose la souffrance des combattants de l’autre camp, eux-aussi  emprisonnés. Elle nous a fait remarquer que ces poèmes avaient été publiés plus rapidement et plus souvent, participant à la propagande franquiste.

Lors de la séance de cours suivante avec les élèves le mardi 3 mars, un sondage a permis de savoir que le poème que les secondes ont le plus aimé est celui de Carlota O’Neill, « Las llaves », pour la plupart parce qu’ils en ont été émus. Voici donc le texte de ce poème :

¡TLIN!…¡TLIN!…¡tlinnnnnnn!
Ellas tienen su idioma; su musicalidad.
También poseen psique. Al menos, se la atribuimos los presos.
Salen al encuentro del prisionero, cantando su romanza triste, y en la toma de contacto de su sonido, se presiente toda la cárcel
No se olvida jamás
A veces, en el sueño, su música agorera nos agita convulsas.
También son pesadilla. Y el sueño de la vida se enriquece con un nuevo dolor.
¡Tlin!…¡Tlin!…¡tlinnnnnnn! Dicen las llaves –voces melancólicas con dejos de fatalidad y phatos-.
El que en su secreto no ha penetrado, hallará sin sentido la romanza sin palabras.
Pero expresan: “Llega con vosotras otra mujer. No fue culpa nuestra traérosla. Nosotras no buscamos a nadie; es la resaca de la vida la que la ha depositado aquí”.
El llanto de la mujer hace dúo con ellas.
Las guardas penetran en la cerradura con sonidos estridentes, acidulados. Cada vuelta es un nudo que se ata en la nueva libertad perdida. El alerta grita y la novel prisionera, al sentir crujir hierro con hierro, presiente su desolación y chilla gritos inútiles.
Las llaves se alejan. Han cumplido su misión.

« Ce qui pour moi est important dans ce poème, c’est la comparaison entre les clés et les gardes. En effet, cela donne l’impression que cette guerre n’est approuvée par personne et que les personnes participant à cette guerre faisaient leur mission sans grande envie, voire avec de la pitié. » (Léo S.)

« J’ai trouvé ce poème très émouvant et qui cherche à donner de l’espoir car les clés qui emprisonnent les gens, aussi donnent la liberté. Pour une personne qui est en prison, le bruit d’une simple clé peut créer des émotions si différentes sur quelqu’un qui a besoin de l’espoir d’être libre un jour. » (Alejandra J.)

« A travers ce poème, j’ai désormais un autre regard sur la prison. Ce poème montre la dureté et la répression de la Guerre civile. J’ai compris que même la répression ne peut faire taire les personnes et arrêter la liberté d’expression ; et qu’il y a toujours une espérance de liberté quand on est enfermé. » (Alex R.)

Merci beaucoup à Aurore Ducellier d’être venue partager ses recherches avec nos lycéens. Cette intervention très agréable et vivante constitue une préparation pour le prochain thème d’étude en Littérature et Société : nous souhaitons faire découvrir aux élèves d’aujourd’hui les traces encore visibles  du champ de la bataille de Brunete, à proximité immédiate du lycée Molière.

Laure Favre, professeur de français et latin du Lycée français Molière