Adriana Tanus, chef de l’OLFM : la musique dans l’âme

Adriana Tanus, chef de l’OLFM : la musique dans l’âme

Créer de la musique et de l’unité entre des jeunes qui partagent, quelle que soit leur origine, et se rapprochent à travers la musique ! Rien ne peut donner plus de sens à la vie !” Adriana, la musique dans l’âme. 

Adriana Tanus est une passionnée, une vraie. Cette chef d’orchestre et pédagogue est engagée dans un projet fou : l’OLFM, l’Orchestre des Lycées Français du Monde. Son amour pour la musique est la première chose qui frappe. Nous l’avons rencontrée, Natalia et moi, un samedi, dans un café à la Glorieta de Embajadores à Madrid. Nous avions l’impression de la connaître depuis toujours, et c’est avec joie et entrain que cette immense musicienne nous a accordé une interview fleuve, où elle nous livre ses premières émotions musicales, ses projets, son rapport aux musiciens et à la musique… 

Cet Orchestre des Lycées Français du Monde regroupe 49 musiciens scolarisés dans les lycées de l’AEFE. Cette année, les musiciens viennent d’Europe, mais aussi d’Asie, du Maghreb et du Proche Orient. Après une première rencontre à Madrid, l’orchestre a pris place à Marcoussis en région parisienne, avec dans le viseur un concert à Radio France le 19 mars. L’OLFM a un partenariat avec l’orchestre Philharmonique de Radio France, et 5 de ses musiciens (2 violonistes, 1 violoncelliste, 1 clarinettiste ainsi qu’un trompettiste) ainsi qu’avec la chorale du collège de Marcoussis et leur chef de choeur Claire Perez Maestro.

.

Adriana Tanus, une vie consacrée à la musique depuis son plus jeune âge

Pour un chef d’orchestre, la musique c’est tout. Quand as-tu découvert cette passion ?

Dans le ventre de ma mère, j’ai été bercée par les airs de Bach, Mahler. J’ai toujours écouté de la musique depuis que je suis petite. Mes parents veillaient à ce qu’il y en eût toujours à la maison. Je me rappelle qu’à deux ans, à peu près, je me suis rendue compte que je connaissais ce qui se jouait. C’était le Canon de Pachelbel. Je ne venais de l’écouter dernièrement, mais je l’avais entendu dans le ventre de ma mère et à ma naissance. Il y avait aussi toujours dans l’air beaucoup de Bach.

Mon père voulait que je sois médecin comme lui. Mais comme c’était aussi un grand mélomane, il nous a envoyés, mon frère et moi, au conservatoire. Il voulait que nous découvrions la passion qu’il y a dans la musique. Les années ont passé et, lorsque nous avons réussi le bac, nous lui avons dit : “papa, nous n’allons pas étudier la médecine, nous voulons faire des études supérieures au conservatoire” et nous l’avons fait, ici à Madrid. 

Il en a été contrarié ?

Non, pas du tout. Il nous a donné le feu vert et nous a dit : “si vous êtes heureux, si vous avez trouvé votre voie…” Il vivait lui même la musique de manière intense et voulait que nous soyons heureux en la pratiquant… Il nous a donné des ailes !

Quand as-tu commencé au conservatoire ?

Un peu tard..,. À 11 ans. Avant, je suivais des cours de danse et de piano. Au conservatoire, j’ai commencé d’abord avec le piano, à faire du solfège puis, rapidement, j’ai eu le coup de foudre pour le violoncelle. Je suis donc devenue violoncelliste. Mon frère, lui, est pianiste, un excellent pédagogue et compositeur !

Pourquoi le violoncelle ?

Je voulais un instrument  ni trop aigu ni trop grave. Le violoncelle produit un son velouté… J’ai pensé au hautbois mais j’ai renoncé finalement et j’ai choisi le violoncelle. Les instruments vont avec la personnalité… Un violoncelliste est normalement une personne discrète. C’est un instrument qui me représente… parce que j’ai un coté  tranquille, équilibrée, mais je ne suis pas pour cela effacée. 

Que représente la musique dans ta vie ?

Tout, absolument tout. La musique me paraît le meilleur symbole d’unité, elle crée l’union dans mon travail quotidien

Comment et quand as-tu décidée de te consacrer de manière professionnelle à la musique ?

Quand tu es au conservatoire, tu sais déjà si tu vas devenir professionnel ou pas. Il y a des jeunes au conservatoire qui veulent en faire leur métier mais qui vont, en même temps, à l’université étudier le droit, l’économie… En ce qui me concerne, j’ai su rapidement que je n’allais pas étudier autre chose et je me suis alors consacrée  intensément à la musique. Je passais des journées entières au conservatoire et j’allais dans un lycée à horaire aménagé, le soir . Avant même de finir mes études, à 16 ans, je jouais déjà dans des orchestres professionnels à Madrid.

Ce n’étais pas inquiétant de savoir qu’il est risqué de se consacrer à la musique, que le travail dans ce domaine est fluctuant ?

Effectivement, c’est le cas. Pendant un certain temps, ma situation a été instable. Il y avait des mois où j’avais plusieurs concerts, voyages et ensuite, il pouvait y avoir deux mois sans rien. Mais c’est la vie d’artiste et le cas de beaucoup de professions liées à l’art.

Que dirais-tu à un jeune qui est passionné de musique et qui va terminer ses études secondaires ?

Qu’il se lance ! Tu ne peux pas réfléchir en termes de stabilité. Mon fils se consacre à la musique et au théâtre (il étudie en ce moment la philosophie) et il me demandait : “qu’est-ce que je dois faire maman ? Dois-je continuer le théâtre ?” Et je lui répondais : “Bien sûr, continue le théâtre parce que si c’est ta passion il faut la défendre jusqu’à la fin. Il y aura des hauts et des bas, des moments faciles et d’autres difficiles mais il faut continuer car tu ne sentiras jamais aussi heureux et comblé qu’en faisant ce que tu aimes”. En fait, ton engagement est meilleur lorsque tu es passionné. En ce qui me concerne, je pense qu’il ne faut pas réfléchir en termes d’opportunité de travail.

Où as-tu étudié ?

Dans le système espagnol mais, très tôt, je suis tombée amoureuse de la langue et de la littérature française. A 13 ans, j’ai choisi d’étudier le français au collège. J’ai découvert un texte de Balzac et je me suis dit : “Je veux lire tout Balzac”. Je me suis décidée à approfondir ma connaissance du français à l’Institut Français, à l’École Officielle des Langues de Madrid. De plus, j’ai obtenu, plusieurs étés de suite, des bourses pour perfectionner la pratique du violoncelle à Paris. J’ai continué, ensuite, de ma propre initiative, à passer mes étés en France.

As-tu toujours vécu en Espagne ?

J’ai toujours été à cheval entre Madrid et la France mais ma résidence a toujours été à Madrid.

Quels sont tes compositeurs et tes œuvres préférés ?

Au risque de tomber dans la banalité j’ai trois B :  Bach, Beethoven et Brahms. Ce sont trois monstres de la composition. Mais il y en a beaucoup d’autres parce que chacun apporte sa couleur, son émotion, son époque, son contexte. Hier, j’ai écouté de nouveau “Le Clavier bien tempéré” de Bach… morceau auquel je reviens toujours. Pour mes œuvres préférées, il y en a une qui, pour moi, est un monument absolu : c’est “Chaconne ” (Partita n.2 en Re mineur pour violon seul composée par Jean Sébastien Bach entre 1717 et 1723). Comme vous voyez, je n’écoute pas seulement de la musique écrite pour violoncelle,,,

Quelle autre musique apprécies-tu ?

En fait, j’aime tout mais, si je devais choisir deux époques auxquelles je m’identifie le plus, ce serait le baroque et le post romantisme.

.

Comment Adriana voit-elle la musique aujourd’hui et la nécessité de casser son image élitiste ? Elle affirme : “elle ne s’apprend pas à l’école mais à la maison”.

Que penses-tu de la musique contemporaine ?

La musique contemporaine me paraît intéressante à jouer, à découvrir parce que c’est toujours un défi. Elle peut te toucher si tu comprends pourquoi elle a été écrite. Par exemple, Hiroshima de Penderecki est une œuvre très stressante mais lorsque tu apprends qu’elle est dédiée aux victimes d’Hiroshima, tu la comprends mieux et la reçois mieux. Cependant, je dois reconnaître que, pour la musique contemporaine, il est préférable d’être acteur plutôt qu’auditeur. Un auditeur passif dans une salle peut être réceptif ou pas du tout. Par contre, lorsque l’on y joue un rôle actif, c’est un défi. 

Que penses-tu de la “démocratisation” de la musique classique ? Crois-tu que les musiciens doivent seulement jouer des morceaux classiques pour que le public vienne remplir les salles de concert, comme la cinquième de Beethoven ? Penses-tu, au contraire, qu’il faut incorporer de la musique contemporaine pour, comme disait Jacques Chancel, “ne pas offrir au public ce qu’il aime mais ce qu’il pourrait aimer” ?

C’est une bonne question et une question controversée. La musique du passé, il faut toujours la jouer… c’est notre histoire. En même temps, ce n’est pas vraiment le passé car lorsque tu la joues, tu lui donnes vie et elle devient une musique du présent. C’est la seule époque où le musicien joue la musique du passé. Au temps de Vivaldi, par exemple, on jouait seulement la musique de l’époque. Aujourd’hui, la musique contemporaine est interprétée par des ensembles spécialisés peu nombreux et avec un public réduit. Pour la première fois dans l’histoire de la musique classique, la musique de son époque n’est pas accessible par le grand public. Cette analyse est d’ailleurs sans doute valable pour l’art contemporain en général. Il y a probablement un échec quelque part.

Dans notre éducation académique ?

Il y a sûrement un échec dans notre éducation mais il y a sans doute aussi un échec des compositeurs. Ils se sont éloignés du public. Il faut être fidèle à ce que l’on veut défendre mais il faut aussi essayer de toucher les différentes sensibilités des auditeurs. Lorsque tu joues des œuvres très variées comme le répertoire que l’on va jouer à Paris, il s’agit de toucher les gens de manière différente. Tout ne va pas être apprécié mais sûrement qu’une de ces œuvres va être reçue par certains spectateurs.

Quel rôle l’école doit-elle jouer dans ce processus de démocratisation de la musique classique ?

Je vais pas entièrement responsabiliser l’école parce que cette éducation doit surtout se faire à la maison. Dans les réunions, il y a des parents qui demandent à l’enseignant si les enfants iront au concert dans le cadre des sorties scolaires et il faut répondre à ces parents : “vous pouvez, vous aussi,  emmener votre enfant à un concert. N’attendez pas que le collège et les professeurs le fassent en premier”. De plus, il faut leur apprendre à écouter, sans les forcer, en disant à l’enfant “tu n’as pas à aimer forcément ce que je t’enseigne mais au moins écoute, découvre un autre monde, une autre histoire”. C’est ce que je fais avec mes jeunes du lycée. Ils ne vont peut être pas apprécier et je veux alors qu’ils critiquent. Bien sur, ils doivent sentir la musique mais je veux aussi qu’ils l’analysent. Cette capacité d’analyse est fondamentale pour qu’ils puissent expliquer pourquoi ils sont réceptifs ou non.

.

Nous découvrons maintenant Adriana comme chef d’orchestre. Quel est le “style Tanus” ? Comment est ta relation avec les musiciens ?

Quelle est la clé pour diriger un orchestre ?

Diriger un orchestre est une responsabilité énorme. Lorsque tu montes sur le podium et que tu vois huit-cent yeux te fixer (musiciens, choristes) tu réalises qu’ils sont entre tes mains. Je les regarde tous pour voir si nous sommes connectés et je les vois connectés lorsqu’ils me regardent, tous connectés entre eux à travers moi. A ce moment là, ces regards sont quelque chose de très beau, de très intense mais, en même temps, c’est une grande responsabilité.

Que ressens-tu avant de rentrer dans la salle ?

Je le vis toujours, comme je l’ai dit avant, en pensant à l’unité et à la connexion. Je pense “nous sommes ensemble et nous allons réussir” par respect pour nous, notre travail, l’œuvre et pour donner le meilleur au public. Le stress, le trac? Non, je ne sais pas ce que c’est.

Quelle doit être l’attitude d’un bon chef d’orchestre et ses qualités?

Nous séparons l’aspect technique et musical de l’aspect humain qui, pour moi, est le plus important. Comme chef d’orchestre, tu travailles avec un collectif humain et, à partir de là, c’est le plus grand défi. Réussir à ce que les musiciens aient, chacun, leur propre idée de la musique et, ce qui est encore plus important, que ta propre idée ne leur soit pas imposée. Tu dois être assez convaincante pour qu’ils ressentent ce que tu sens. Le défi est de diriger un groupe et que les membres de ce groupe soient à l’aise. L’objectif est que chacun donne le meilleur de lui même tant techniquement qu’émotionellement pour se réaliser. Du point de vue technique, le chef d’orchestre doit étudier en profondeur l’œuvre pour savoir orienter, prévoir les difficultés possibles de chaque oeuvre pour chaque section de l’orchestre. L’étude de la partition consiste non seulement à révéler l’ensemble mais aussi à diminuer les difficultés ponctuelles.

Comment te prépares-tu à diriger une œuvre nouvelle ?

Il y a plusieurs théories. Je suis partisane d’écouter tous les grands maîtres. Cela ne veut pas dire du tout qu’il faut tomber dans l’imitation. Cependant, il faut se former. Dire que l’on domine tout serait très arrogant. Il faut écouter toutes les versions, surtout celles des grands chefs pour découvrir des lectures différentes. Que je commence par cela ou que je regarde d’abord la partition, cela dépend de l’œuvre. 

Quels orchestres as-tu dirigés ?

Avec mon expérience de violoncelliste en orchestre, j’avais l’habitude de mémoriser très rapidement les partitions et j’étais fascinée de voir comment un chef d’orchestre communiquait ou non, pourquoi l’un était plus clair que l’autre. Avant d’étudier la direction d’orchestre je passais beaucoup de temps à réfléchir, sur le pupitre, à ce thème. Cela me fascinait d’être connectée à 100% avec les directeurs qui me dirigeaient. J’ai d’abord créé l’orchestre du Lycée Français de Madrid. On m’a demandé de diriger l’orchestre de la Deutsche Schülle de Madrid, des projets pour enfants et jeunes de la Deutsche Schülle de Madrid aussi, des projets de classes de cordes (enfants de 9 ans partant de rien et que l’on met à jouer des instruments : contrebasse, violoncelle, violon, etc…), projets qui t’apprennent beaucoup. J’ai réuni l’orchestre du Lycée Français avec celui de la Deutsche Schülle et de là est née l’idée de créer l’orchestre des collèges européens de Madrid. En 2013, nous avons fondé la “Orquesta Juvenil Eurropea de Madrid” (OJEM) qui a eu beaucoup de retentissement. Nous avons déjà joué plusieurs fois à l’auditorium national, au théâtre monumental, au Pilar Bardem, au Palais Royal… Nous sommes invités au parlement européen, à Strasbourg. Nous en sommes très contents. Cependant, j’apprends à ces jeunes qu’il importe peu où l’on se produit. Il n’y a pas de différence entre jouer au Palais Royal pour les rois et présidents ou jouer pour un concert solidaire à Rivas, pour récolter 900 kilos de nourriture (comme nous l’avons fait). L’engagement est le même. Ce sont 90 musiciens et choristes. À partir de cette belle expérience, j’ai eu l’idée de créer l’orchestre des Lycées Français du Monde. 

.

Le projet de l’OLFM (Orchestre des Lycées Français du Monde)

Ce fut donc le début. Comment cette idée s’est-elle développée ?

J’ai exposé cette idée à ma proviseure et sa réponse a été plus qu’enthousiaste. Nous avons fait cette proposition à l’AEFE et cela leur a plu car ils aiment connecter les lycées du réseau entre eux. Réunir des enfants qui ont deux langages en commun, le français et la musique, est une idée qui n’a pas de prix. Ils m’ont freiné la première année et m’ont dit : “On va commencer modestement” et nous avons donc débuté en Europe seulement. Cela a fonctionné, bien que ce soit une folie du point de vue logistique. J’ai une très bonne équipe de communication au Lycée Français de Madrid et l’AEFE s’est mobilisée pour que le projet se réalise. L’année 2014-2015 fut la première année, nous avons fait une rencontre à Madrid puis à Paris, au Ministère des Affaires Étrangères, pour le 25ème anniversaire de l’AEFE. Le public était très enthousiaste. Des directeurs d’autres lycées étaient présents et me demandaient : “Et nous, et nous ? On voudrait bien participer”. Nous avons souhaité pérenniser le projet pour qu’il ne s’arrête pas au 25ème anniversaire de l’AEFE. Heureusement qu’ils y ont cru  malgré la charge logistique que ce projet représente. Nous nous sommes donc lancés et, cette année, nous avons inclus l’Asie, le Moyen-Orient et le Maghreb et, bien sûr, toujours l’Europe.

Comment est né le lien-patronage avec Radio France ?

À la fin du concert de Paris l’année dernière, l’AEFE a organisé une visite à l’auditorium de Radio France.  Les enfants y sont allés après le concert et, lors de cette visite, le représentant de l’AEFE qui les accompagnaient et la responsable pédagogique de Radio France commentèrent le projet. De là est née ce formidable partenariat. 

Ces masterclass faites avec les musiciens de la Philharmonique de Radio France ont dû être fantastiques, non ?

J’ai su qu’il y avait beaucoup de volontaires de la Philarmonique qui voulaient faire partie du projet. Finalement, nous avons eu la l’honneur et la chance de compter avec 5 musiciens (Jean-Claude Auclin, Mireille Jardon, Jean-Pierre Odasso, Jean-Pascal Post et Anne Villette) qui sont venus à Madrid avec beaucoup d’engagement, d’enthousiasme et une proximité remarquable. Il émanait d’eux un sentiment de continuité, une belle énergie mise au service des jeunes musiciens et du projet …  Leur rôle a été vital !

Une fois la sélection des musiciens terminée, comment leur préparation a  été faite en si peu de temps ? C’était un véritable défi.

Le défi de ma vie ! Créer un son avec un orchestre est difficile mais, plus encore, le créer avec des gens qui ne se connaissent pas, qui ne te connaissent pas et qui viennent de toutes les parties du monde ! Je me rappelle des différences de sonorité entre celui plus scolastique de musiciens venant d’un conservatoire et ceux du maghreb produisant une sonorité brutalement belle mais différente parce qu’elle intègre des aspects de la musique populaire. Mais ce mélange a été … très réussi

Il y a eu des moments très émouvants : une jeune fille madrilène qui accueillit chez elle un tunisien ; le premier soir, après le dîner, elle à la guitare, lui au violon, ils ont improvisé et joué ensemble, elle style folk américain et lui avec ses mélodies tunisiennes. Tu te rends compte alors que la rencontre a  du sens. De même, les applaudissements du public  reçus par Zein (c’est une violoniste syrienne qui continue à vivre à Damas avec sa famille malgré la guerre) lorsqu’elle a dit qu’elle venait de Damas, son émotion… cela a du sens!. Avec le chaos qu’il y a aujourd’hui dans le monde, réussir à faire de la musique et réunir des jeunes qui partagent malgré leurs origines diverses, les voir unis par la musique ! Vraiment, il ne peut pas y avoir plus de sens dans mon métier !

Crois-tu que la musique peut aider à la paix ?

La musique peut permettre la cohabitation. C’est le cas par exemple de Daniel Barenboïm en Palestine. C’est un immense chef d’orchestre qui a réussi à former un orchestre où jouent, ensemble, des musiciens palestiniens, israéliens, jordaniens égyptiens… C’est le West-Eastern Divan Orchestra. C’est la démonstration qu’avec la musique, on peut cohabiter malgré les conflits politiques, idéologiques, religieux…

Quel défi représente l’Orchestre des Lycées Français du Monde ?

Je désire qu’il perdure et que l’année prochaine nous incluions l’Amérique et l’Afrique. Une possibilité envisagée est de changer les pays de rencontre. Mais tout ceci a un coût et nous n’avons pas de parrainage financier. Nous en avons besoin pour avoir une visibilité et une viabilité.. Ce sont des idées qui sont sur la table mais n’oublions pas le facteur économique qui est très important et pas encore résolu. Nous cherchons des sponsors mais pour le moment tout le poids est supporté par l’AEFE, le Lycée Français de Madrid et les établissements des participants.

Si l’on revient à la musique, l’idée est de grandir en quantité et en qualité, approfondir dans l’échange des cultures et aborder des répertoires du monde.

Comment se déroulera le concert de Paris ?

Ce sera la même chose qu’à Madrid, peut être avec un peu plus d’ampleur. Ici, à Madrid, avec 3 jours de répétition et 4 jours et demi au total que les enfants ont partagé, les séparations se sont faites avec des pleurs, avec des démonstrations d’affection très fortes. Ce fut la même chose pour moi mais, eux, ont vécu ensemble jour et nuit et ont développé une amitié qui se continue depuis lors. Je crois donc que la rencontre de Paris sera encore plus intense émotionellement parlant et, au point de vue musical, j’espère constater une évolution (rire) : une connaissance plus approfondie des œuvres et de ce que l’on attend d’eux. Je crois que les jeunes vont produire un travail plus minutieux, plus élaboré et que nous pourrons aller dans les détails. Cela va être incroyable parce qu’ils vont évoluer tant sur le plan humain que sur le plan technique et musical. On va pouvoir polir ce diamant brut qu’ils sont. (Rire)

.

Ces projets

Au niveau personnel, quels sont tes projets pour le futur ?

Je n’ai pas d’ambition démesurée : ce que me donne la vie, vivre ces expériences. Tu ne sais jamais où cela mène. Je n’ai pas programmé ma vie, ce sont des projets qui surgissent. Que l’orchestre européen des jeunes continue à évoluer, que cet orchestre du monde acquiert de plus en plus de sens au niveau politique et social, cela me paraît fondamental et une très belle réalisation. J’ai aussi d’autres projets de création d’orchestres professionnels. Mais ce n’est pas un objectif  du genre “je veux arriver à” , c’est seulement que je veux créer, semer, faire germer, enchevêtrer, faire grandir… Parce que ma vision de la musique c’est cela.

Un musicien doit être curieux, il doit se nourrir de plusieurs racines. A la manière d’un arbre, plus tu as de racines, plus tu as de branches, plus tu grandis…

Links de Radio France, de l’AEFE…

 .

AUGUSTIN JAVEL

Élève de Ter ES du Lycée Français Molière et premier hautboïste de l’OLFM

.

Photo : www.aefe.fr

 

Deja un comentario

Tu dirección de correo electrónico no será publicada. Los campos obligatorios están marcados con *